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Le théâtre de la vie

  • Tout nus et en pleurs

    MONSIEUR KOLPERT, pièce de théâtre de D. GIESELMANN, mise en scène par Christophe PERTON à la Comédie de Valence, de 2002 à 2005

    Rarement je suis sortie d'une pièce de théâtre, ou même d'une séance de cinéma, aussi heureuse et bouillonnante de jubilation de m'être autant divertie: le plaisir et le délire ont été immédiats au cours de ce spectacle. Du début à la fin, le spectateur rit, sourit, autant du comique que du tragique des scènes. Ainsi, la pièce commence aussitôt que l'on a trouvé son siège, car sur scène est déjà présent Ralf Droht, incarné par le beau Cédric MICHEL, qui délire avec sa chaine audio, danse et boit dans son salon, alors que sa compagne Sarah, jouée par la lumineuse Hélène VIVIES, s'habille et se maquille dans la salle de bain. La pièce commence  lorsqu'ils se retrouvent dans le salon, et se mettent d'accord sur les réjouissances de la soirée: ils ont invité un couple de collègues de bureau, dans le but avoué de SE DIVERTIR. Ils se mettent d'accord pour fermer une grande malle, et dissimuler la clé.

    Et le divertissement débute dès qu'arrive l'autre couple, aussi sombres que sont excentriques notre Ralf et notre Sarah. Ralf leur fait croire qu'ils ont tué leur supérieur Monsieur Kolpert, et qu'ils l'ont mis dans la malle. Edith (Juliette Delfau) et Bastian (Vincent Garanger) y croient plutôt, pendant que la pièce chavire: de comédie de boulevard, elle glisse, progressivement, vers le théâtre de l'absurde sanguinolant (vous ne connaissez pas ce genre? C'est violent, et très déjanté). Le rythme est enlevé, le spectateur s'éclate, la chorégraphie du dévorage de pizza ( le livreur est joué par Anthony Poupard) est exaltante, tout le monde se libère, jusqu'au final où l'on se retrouve avec trois cadavres dans la malle, et trois très belles personnes debout toutes nues en pleurs. Tout nus, oui, encore (cf. déjà l'Enfant froid)! Plus je fréquente la Comédie de Valence, et plus j'aperçois d'intimités dévoilées... J'aurais tendance à parler d'exhibitionnisme, mais c'est parce que je n'ai pas le tempérament de comédien.

    Bon, c'est dommage, ce spectacle ne passe plus, mais au moins vous savez ce que vous avez manqué.

  • La maîtresse névrosée

    HILDA, pièce de théâtre jouée à la Comédie de Valence, mise en scène de C. PERTON, texte de Marie NDIAYE

    On appelle ça une oeuvre éponyme, lorsqu'elle porte le nom du personnage principal ("Oui, bien, l'élève de devant, comme Madame Bovary de Flaubert"!); mais dans cette pièce, sa présence est très particulière, puisqu'elle ... brille par son absence! En effet notre héroïne ne fait JAMAIS son apparition sur scène. Et pourtant ... on la connaît comme si elle était familière. Parce que la dame qui l'emploie comme bonne à tout faire en est  passionnément éprise, cette passion lui permettant de combler le vide de son existence bourgeoise étriquée et monotone, et le désert de son coeur qui reste indifférent à ses propres enfants. Mme Lemarchand, jouée par une excellente Claire SEMET, s'approprie donc notre pauvre Hilda, au détriment du mari d'Hilda (Ali Esmili), qui se retrouve seul avec ses enfants. Ce drame se joue donc à travers les paroles de Mme Lemarchand qui raconte ce qu'elle fait subir à sa protégée; c'est terrible, tant la dame n'a ni scrupules, ni conscience morale, ni pitié pour les vies qu'elle détruit.

    La disposition de la scène était très particulière: deux groupes de spectateurs se faisaient face, de chaque côté d'une étroite scène. L'obscurité était privilégiée, et le trouble amplifié. Un spectacle à voir.

    Bref, allez au théâtre, à Valence, c'est un trésor, c'est une aubaine, c'est une apothéose. Et puis les comédiens ont ce petit côté exhibitionniste qui les pousse si souvent à se mettre à nu... La suite dans mon avis sur Monsieur Kolpert, splendide.